La nébuleuse d'Ambre

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Quelques nouvelles et avis de maintenance

Rédigé par Ambre Nébuleuse Aucun commentaire
Classé dans : Babillage Mots clés : blog, maintenance, doutes

Cela faisait un moment que je n'étais pas venue publier par ici. On ne peut pas dire que je sois une auteure très prolifique, certains d'entre-vous me connaissant dans la vraie vie savent que j'ai toujours milles et unes activités en même temps et trop de projets en tête !

Je n'ai pas l'intention de renoncer à cette activité d'écriture, je pense même reprendre très prochainement la fin de ma nouvelle « La Spiritiste », cette fin arrivant un peu trop brutalement : j'ai, une fois de plus, confondu vitesse et précipitation…

Dans les tous prochains jours, si je m'y prends correctement, le blog migrera de serveur, j'ignore combien de temps cela prendra, mon amie qui m'héberge devant également migrer ses services, aussi, ne soyez pas surpris si le blog ne répond soudainement plus !

Je vais continuer de profiter un peu de mes derniers jours de congés pour me ressourcer et j'espère revenir très vite ! Bonnes vacances à vous, chers lecteurs, si vous en avez et bon courage aux autres !

La Spiritiste

Rédigé par Ambre Nébuleuse Aucun commentaire
Classé dans : Nouvelles Mots clés : nouvelle, fiction, fantastique, fantastic

Une balle de cuir roule sur le sol boueux et s'arrête auprès de pieds nus, surmontés de bandes de chevilles en cuir attachés à l'aide de lacets en cuir, terminés par des crânes de pigeons. Une main fine au teint gris et aux ongles noircis par la saleté s'apprête à ramasser le jouet.

– Touche pas à ça toi !

Le ton est autoritaire et vif. La femme lève alors le regard vers l'homme qui lui a invectivé cet ordre. Elle se redresse, l'observe sans laisser transparaître la moindre émotion puis, doucement, son regard descend vers le petit garçon qui a fait tomber sa balle. Elle lui adresse un très léger sourire, empli de chaleur au milieu de son visage émacié aux traits fatigués, surmonté d'une chevelure faite de tresses et de dreadlocks, agrémentés d'ici, de là, de quelques perles ternes et d'un ou deux petits os en guise de décoration. Puis elle s'éloigne, lentement, avec appréhension. Elle sait que les insultes à son encontre vont pleuvoir. Elle n'a jamais fait de mal à qui que ce soit, et pourtant, ce n'est pas son apparence marginale qui effraie le plus les gens. C'est ce qu'elle est, ce qu'elle voit et entend, qui les terrifie. Elle est la dernière Spiritiste encore en vie.

 

Au fil des siècles, peu de personnes se souviennent de l'importance des Spiritistes, c'est d'ailleurs ce qui a fini par entraîner leur déclin. Tous se sont tournés vers de nouvelles croyances, de nouvelles religions. Aucun ne se souvient de l'importance d'honorer les défunts pour les aider à passer de l'autre côté. Beaucoup d'entre eux restent bloqués entre le monde des Esprits et le monde des Vivants. Seule Narjhala peut les aider à accepter leur nouvelle vie et à poursuivre leur nouveau chemin. Malheureusement, elle ne peut souvent y arriver sans l'aide de leurs proches. Nombreux sont ceux qui lui claquent la porte au nez, au mieux, ou la chassent à grands coups, au pire. Dans ces cas là, tous se demandent pourquoi cette folle se contente de les regarder en souriant. Aucun ne se dit que c'est à leur père, à leur femme ou à leur enfant mort qu'elle adresse ce sourire chaleureux. Elle s'éloigne alors souvent dans une petite ruelle à proximité, essayant de garder un contact, un lien psychique avec le nouvel Esprit en proie à ses angoisses et à son incompréhension.

– Pourquoi est-ce que je me vois allongé sur mon lit ? Demandent-ils souvent.

– Parce que ton corps n'est plus assez fort, pour te retenir dans ce monde, et que tu dois continuer ta route, en laissant tes amis derrière toi, pour quelques temps. Leur répond-elle, inlassablement.

– Je ne peux pas être mort ! Ce n'est pas vrai ! Vous mentez !

Très peu d'Esprits acceptent leur nouvelle condition, restant bloqués entre les deux mondes, le temps que leurs proches fassent leur deuil. Certains restent dans ce monde en attendant que leur conjoint les rejoigne, refusant de partir sans eux. Parmi eux, beaucoup ne comprennent pas que leur Âme sœur refasse leur vie avec une autre personne qu'eux, ce qui les rend fous et les pousse parfois à faire l'impensable : faire du mal à leur amour ou au nouveau compagnon de leur amour. Se condamnant ainsi, en cas d'homicide, à errer pour l'éternité, devenus incapables de passer de l'autre côté de la barrière, ayant refusé de croire toutes les explications de Narjhala.

De temps en temps, un mauvais Esprit vient jouer un tour à la Spiritiste, du fait de son manque d'expérience, ayant appris à vivre avec son don sans pouvoir le développer à son plein potentiel. Dans ces cas-là, elle a bien du mal à distinguer le plan spirituel du plan réel. Par chance, les mauvais Esprits sont souvent d'anciens garnements, qui font sans cesse les mêmes blagues de gosse et ne sont pas trop périlleuses. Même si cela peut mettre leur cible dans une position délicate. Les plus à craindre sont les Esprits des criminels qui, refusant de se soumettre aux lois de la réincarnation des Âmes par purification, restent le plus longtemps possible dans le monde physique, jouant des tours plus dangereux les uns que les autres, mettant bien souvent en péril la vie de leur proie. C'est par l'intermédiaire d'un piège tendu par l'un de ces Esprits que ses pouvoirs psychiques ceux sont révélés, lui sauvant la vie in extremis, juste avant qu'elle ne se jette sous les sabots des chevaux d’une litière. L'espace d'une fraction de seconde, ses yeux ont « vu » à travers le voile spirituel, ouvrant une petite fenêtre sur le plan physique, et lui révélant la mort vers laquelle elle se dirigeait. Tout ça pour avoir voulu jouer à la balle avec ses camarades, comme tous les enfants.

 

– Qu'est-ce qui te fait sourire, pétasse ? Demande une forme brumeuse sombre, à la gauche de Narjhala.

– À l'ironie du sort. Lui répond-elle en lui gratifiant son plus beau sourire.

– Mais encore ? L'Esprit avait posé la question d'un air faussement détaché mais il voulait savoir à quoi elle pensait.

– Si tu n'avais pas cherché à me tuer, il y a plus de quinze ans, tu ne serais pas obligé de me supporter, et encore moins de me servir de cobaye lorsque j'apprends à mieux maîtriser ce don.

Pfff. Tu crois que si j'avais su que tu étais ce que tu es, je t'aurais laissé ta chance ? Ben non, j'ai beau être un tueur, j'ai un minimum de sens moral, je tue pas les morveuses ! Mais toi, j'aurai dû...

– Rappelle-moi l'âge moyen de tes victimes, de ton vivant ? Le moucha-t-elle.

Morvax, c'était ainsi qu'il était surnommé, avait massacré et dépecé des dizaines d'enfants « libres », des enfants des rues, sans toit, ni famille, pour évacuer sa frustration. C'était sa façon à lui de se détendre. Et puis, des gosses pauvres, qui faisaient la manche et ne manqueraient à personne, qui s'en soucieraient ? Les gens de sa ville apparemment. À la réflexion, tuer ces gamins n'était pas une bonne idée, il aurait peut-être dû se mettre à la pêche. Et cacher les corps dans son jardin, sous les buissons, dans des tas de feuilles improvisés, ou sous de grands morceaux de tissus, n'était pas une idée plus brillante, surtout lorsque les premières mouches ont commencé à pondre et que la chaleur a accéléré la décomposition. La pêche, définitivement.

Grumbl. Finit-il par maugréer, plus pour lui même que pour sa « maîtresse ».

– Pareil.

Elle se met à frissonner. Il fait froid et humide en cette nuit d'automne, mais ça n'est pas la fraîcheur qui lui provoque cette réaction. C'est autre chose. Elle a toujours un frisson quand « ça » se produit. Un peu comme un instinct de survie qui vous dit quand partir en courant. Sauf que cette fois-ci, le frisson s'amplifie quelques secondes, la faisant grelotter pendant deux bonnes minutes, le temps que son corps se calme.

– Couvre-toi ! Après, c'est ta vie hein, moi je m'en fous, je suis déjà mort.

– Crétin… C'est pas normal que j'ai frissonné aussi longtemps. À croire que plus d'une personne va partir dans les minutes qui viennent. Elle jeta un coup d’œil dans les alentours, anxieuse.

– Le mari ? Il va sûrement se suicider après que sa femme ait calanché, c'est un foie jaune, je l'ai vu tout de suite. Il a pas de couilles.

– Et toi tu n'en as plus. Siffla-t-elle.

Il se tait et se ratatine sur lui-même, boudeur. Il se retourne et son regard se perd sur la place centrale du village.

– Hé ! C'est où l'Ouest ?

– Pas dans ta direction en tout cas. Elle relève brusquement la tête, tout en étant prise d'une nouvelle crise de frissons. Pourquoi ?

– Ho, pour rien. Je trouve juste qu'il est bien tard pour que le Soleil se couche. Ou alors y a des chaumières qui flambent…

– Imbécile, tu pouvais pas le dire tout de suite ?

Elle se redresse brusquement, corps tendu, et se met à courir en direction de la place centrale. Elle a très envie de prévenir les pompiers, mais elle est déjà entièrement dans le plan spirituel. Elle ne ressent plus ni le froid, ni l'humidité de l'air environnant. Seulement de l'angoisse. Puis soudain, elle voit. Un spectacle qu'elle a toujours souhaité ne jamais voir. Des Esprits en proie aux flammes, cherchant désespérément à quitter leur enveloppe, qui hurlent à la mort pour que quelqu'un vienne les sauver, ou mette fin à leur souffrance. Mettre fin aux souffrances de l'Âme, elle s'y est habituée depuis longtemps. Mais pas, ÇA ! Elle injurie copieusement Morvax qui se délecte du spectacle, tout en se maudissant de ne pas avoir assez de maîtrise de son pouvoir pour aider toutes ces Âmes. Que ce soit en les aidant à passer de l'autre côté, ou en prévenant les pompiers. Foutue barrière spirituelle. Si elle pouvait seulement être capable de crier « Au feu ! » près de la caserne, ce serait déjà un bel exploit. Seulement voilà, elle ne maîtrise pas cet aspect de son pouvoir. Elle ne sait toujours pas à quel moment elle « voyage » entre les plans. Alors comment espère-t-elle être seulement capable de se faire entendre ?

Qu’est-ce que je dois faire ? Supplie-t-elle l’Esprit.

– Je sais pas… Ton boulot ? Tu es faite pour ça, non ?

– Tu me dis sérieusement d’aider tout un village à passer de l’autre côté après avoir attendue, les bras ballants, que le feu ait tout ravagé ? Je ne te savais pas salaud à ce point-là !

Touché. Il n’était effectivement pas ce genre de salaud. Des bêtises, il en avait fait suffisamment de son vivant. C’était la première fois que la jeune femme fut capable, sans le vouloir, de taper dans son humanité. Il la regarde quelques instants, interdit, puis fait une chose que lui-même n’aurait jamais cru faire un jour. Il vole à son secours.

– Calme-toi et respire…

– Je respire, je ne suis pas encore morte…

Non, tu ne respires pas comme il le faut. D’abord, tu dois te calmer. Et respire profondément, vide-toi la tête.

Elle ne sait pas où il veut en venir, mais, pour une fois, il lui parle aimablement et avec bienveillance. Elle s’assied, ferme les yeux, et se met à respirer profondément, lentement. C’est un exercice qu’elle effectue quotidiennement, aussi elle n’a aucun mal à se concentrer rapidement. Au bout de quelques secondes, elle sent. Elle sent l’odeur de la fumée, du bois qui flambe et de la chair brûlée. Elle ne sait pas exactement ce qu’il c’est passé, ni comment Morvax a fait, mais toujours est-il que maintenant, elle est de nouveau dans le plan de la vie. Elle se redresse rapidement et court chercher de l’aide, tambourinant aux portes afin de prévenir les habitants endormis, tout en se dirigeant vers le poste des pompiers du village.

 

La nuit fut longue et éprouvante pour tout le monde. Les pompiers combattant l’incendie du mieux qu’ils pouvaient, aidés par les habitants qui faisaient passer des seaux d’eau en formant une chaîne, les secouristes portant assistance aux blessés, et Narjhala aidant le plus d’Âmes que possible à trouver le chemin vers la route de la réincarnation. Morvax fut même d’une aide précieuse, aidant sa compagne à faire le passage entre le monde des morts et celui des vivants, tout en la protégeant des mauvais Esprits et des Âmes terrifiées qui la tenait pour responsable de leur trépas. Une fois la dernière Âme partie, elle put repasser dans le plan physique sans l’aide de son nouveau protecteur : elle avait enfin trouvé comment faire ! Elle regarde les villageois qui la virent réapparaître sans prévenir, ils n’avaient pas remarqué que ce manège avait duré toute la nuit.

– D’où venez-vous ? Demanda une vieille femme, le bras bandé au niveau de ses brûlures.

– … Je sais que vous n’allez pas me croire, mais je reviens du plan spirituel, Madame.

Elle se prépare alors à faire comme à chaque fois, fuir sans demander son reste, pour rester en vie et ne pas prendre de coup.

Merci, Spiritiste ! La sincérité de cette grand-mère surprit Morvax et Narjhala, qui ne sut pas quoi faire.

M… Merci ? Fut tout ce qu’elle put répondre.

Oui, merci ! Grâce à vous, nos défunts ont pu poursuivre leur route, nous allons pouvoir faire notre deuil l’esprit tranquille. Et sans vous, il y aurait sûrement eu plus de morts à l’heure qu’il est !

Maman, tu as respiré trop de fumée. Cette étrangère n’a rien fait pour nous aider. Je ne serai même pas surpris d’apprendre que c’est elle qui a incendié les chaumières, tout ça pour nous voler ! Se mit à accuser l’homme qu’elle a rencontré plus tôt.

– Les Spiritistes sont des gens simples. Dans le temps ils étaient aimés et respectés ! Ne trouves-tu pas qu’il serait plus poli de la remercier d’avoir évité qu’il y ait plus de morts ? Penses-tu qu’il ne faudrait pas la traiter avec plus de respect de bien vouloir s’occuper de nos morts sans rien attendre en retour ?

La maman est maintenant entre la jeune femme, craintive, et son fils, fortement remonté. Elle essaie de la rassurer en lui massant affectueusement l’épaule gauche à travers sa bure usée par le temps et noircie par les ravages de l’incendie.

– Encore tes histoires de bonnes femmes… Personne n’y croit, à tes âneries ! S’invectiva-t-il.

– Hé bien moi j’y crois ! S’éleva une voix jeune et masculine derrière l’assemblée des rescapés.

– Monsieur le Maire ? Vous ne pouvez pas croire à ces contes pour enfants ! Pas vous… Vous êtes le médecin du village, et l’un des meilleurs chanteurs de notre chorale !

– Ho si, je peux y croire, surtout après l’avoir vue à l’œuvre. J’ai été au chevet de plusieurs mourants cette nuit, et c’est la première fois que je vois de grands brûlés partir en étant apaisé.

Comment ça, vous m’avez vu ? Seuls les morts et les mourants le pouvaient ! S’étonna Narjhala. C’est toi qui a fait ça ?

Elle se retourne vers Morvax, oubliant qu’elle est la seule a pouvoir le voir et l’entendre.

Pour m’aider ? Pourquoi ? Et comment as-tu fait ? … Penses-tu que je serai un jour capable de le faire ? … D’ici deux ou trois ans, lorsque j’aurai gagné en puissance psychique ? Mais quand saurai-je…

Elle s’interrompt, réalisant soudain qu’elle avait « parlé dans le vide », sous le regard médusé et circonspect d’une quarantaine d’habitants de tout âge et de tout genre. Ils n’ont pas pu entendre les réponses de l’Esprit qui la suit depuis des années. Ils ne peuvent pas le voir. Encore un incident qui la fait passer pour une folle aux yeux de tous. Des chuchotements commencent alors à se faire entendre parmi les badauds. La femme âgée interrompt alors les clameurs, interloquant tout l’auditoire :

– Qu’elle est cette fumée étrange qui semble douée de parole ?

– Vous pouvez le voir ? Et vous pouvez l’entendre ? Demande alors la Spiritiste, estomaquée.

– Je crois, oui. Elle retira alors sa main de l’épaule de la jeune femme. Disparu… Mon fils dois avoir raison, j’ai dû respirer trop de fumée…

– Et si vous me touchez encore, le voyez-vous de nouveau ? La vieille dame saisit alors Narjhala par la main.

– Oui, je le vois !

La curiosité et le scepticisme qui s’étaient alors emparés de la place, poussent le reste du village à se rapprocher des deux femmes. Chacun veut voir ce qu’il y a à voir, entendre ce qu’il y a à entendre. Au bout d’un moment, un voile noir passe devant les yeux de Narjhala, le fils agressif a tout juste le temps de la rattraper avant qu’elle ne tombe, inconsciente.

– Est-ce qu’elle est… morte ? S’inquiète le chef des pompiers.

Non, j’imagine que ça a dû lui demander beaucoup d’efforts de nous permettre de voir les morts à travers son pouvoir… Répond le Maire, affairé à l’ausculter, à l’attention de la foule. Elle a besoin de se reposer, aidez-moi à la porter jusque chez moi !

 

– C’était un chouette village, quand même. Finit par dire Morvax, après une heure de marche, lorsque la dernière chaumière disparue derrière la colline.

– Oui, ça fait du bien de ne pas être traitée en marginale et d’avoir pu partager mes connaissances avec eux. Qui l’eut cru ?

Ils étaient restés deux semaines dans le village, le temps que Narjhala puisse complètement se rétablir, et leur montrer les Esprits des défunts qui avaient fait le choix d’attendre leur conjoint. Ils avaient offert de nouveaux vêtements à leur nouvelle amie, le Maire avait même dû fortement insister pour qu’elle accepte la bourse et les affaires supplémentaires que les habitants lui offraient de bon cœur. Elle est à la fois gênée et reconnaissante d’avoir fait la rencontre de ces personnes, et son sourire ne quitte pas son visage.

Bon, j’espère que tu as pu bien profiter de tes vacances !

– Vacances ? Quelles vacances ? Demande-t-elle.

– Tu sais, ça fait longtemps que je traîne dans ce monde. Je pense qu’il est temps pour moi de partir. Mais pas avant d’avoir fait quelque chose pour ton monde.

– C’est-à-dire ? Elle le regarde perplexe et méfiante. « Qu’est-ce qu’il peut encore avoir en tête ? », s’interroge-t-elle.

– Je parle de t’apprendre tout ce que je sais ! Ça pourra peut-être t’aider à mieux utiliser ton pouvoir.

– Tu espères que je puisse t’aider à passer de l’autre côté, hein ?

– Non. Je pouvais le faire bien avant, le jour où, sans le vouloir, j’ai éveillé ton don.

– Tu pouvais partir quand tu le voulais ? Mais pourquoi ne pas l’avoir fait ? Répond-elle, surprise.

Je ne sais pas trop. J’étais sans doute curieux de voir tes pouvoirs. Mais tu sais, je n’ai jamais eu d’enfant. Et je suis très fier de la femme que tu es devenue. Je veux pouvoir quitter ce monde avec la fierté d’avoir élevé une Spiritiste.

Sur ces mots, emplis de chaleur et de sincérité, l’aspect brumeux et vaporeux de Morvax se dissipe, révélant un homme d’une quarantaine d’années aux yeux fatigués, au regard moqueur et un sourire à charmer les plus méfiants.

 

Narjhala ? C’est bien vous ? Demande un homme bedonnant et au crâne dégarni.

– Bonjour Docteur ! Sourit-elle, en tendant la main droite pour saluer un vieil ami.

– Ça faisait très longtemps que l’on ne vous avait pas vue ! C’était quand la dernière fois ?

– Il y a vingt ans maintenant. Un peu après un incendie qui a ravagé de nombreuses maisons.

– C’est vrai, l’Incendie… J’en fais encore des cauchemars. Quelle terrible, terrible nuit ça a été ! Mais j’imagine que vous n’êtes pas là pour ressasser le passé ? Vous êtes venue pour Paul ?

– C’est bien ça. Dès que le messager est parti, j’ai plié bagage et je suis partie immédiatement. L’avantage du baluchon, c’est que ça va vite ! Plaisante-t-elle.

– Ha, je vois que vous avez fini par adopter l’humour de votre ami Morvax !

– Oui, à mon grand dam. Répond-elle, mélancolique.

Le connaissant, il doit pester dans votre dos. Le sourire du médecin s’efface en voyant l’air triste de la Spiritiste. Il se mord la lèvre inférieure, s’en voulant de ne pas l’avoir remarqué tout de suite.

– C’est ce qu’il doit sûrement faire, oui, ça a toujours été son caractère. Elle sourit à son ami, retenant une larme.

– Je… je suis désolé… Je ne voulais pas…

Vous ne pouviez pas savoir. Ça va faire cinq ans que je l’ai accompagné pour son dernier voyage. Avant que ce ne soit trop dur pour nous deux… Elle se met à tousser, plus pour se reprendre que pour se dégager la gorge. Quand pourrai-je voir Paul, s’il vous plaît ?

Le Maire lui propose du bras de l’escorter personnellement. En traversant la place, elle remarque qu’un autel a été érigé en son centre, décorant le puits, et permettant aux villageois d’accompagner les Esprits des défunts. L’autel porte également la date de l’Incendie qui a permis, malgré le drame, à ce que Narjhala et Morvax puissent se rapprocher affectivement.

C’est ici… Indique le Maire. Voulez-vous que je vous accompagne ?

– Seulement si le cœur vous en dit. Sourit-elle.

Ils entrent alors dans la chaumière. Narjhala regarde en souriant un petit garçon triste, assis au bord du chemin qui mène à la chaumière, juste au moment où le Maire referme la porte.

 

Il lui ressemble. Dit-elle. Et il ressemble à son grand-père.

– Oui, c’est vrai. Je préfère vous prévenir tout de même, même si vous avez déjà signé l’Acte, mais… Il est…

– Spécial ? Un peu bizarre ? Toujours le regard ailleurs ? Demande-t-elle, maligne.

– Euh… Oui, si on veut. Le Maire semble gêné d’avoir accédé à cette demande d’un mourant.

– J’avais remarqué, je pense que l’on devrait bien s’entendre. Elle serre alors la main du Maire. Je ne pense pas vous revoir avant un moment, aussi, d’ici à ce que nous soyons appelés de nouveau l’un auprès de l’autre, je vous souhaite une bonne continuation.

Vous repartez déjà ? Il est à la fois surpris et déçu qu’elle ne reste pas plus longtemps.

Oui, c’est mieux pour lui. Dit-elle, raide, en regardant passivement par la fenêtre.

Elle sort de la mairie et se dirige de nouveau vers la chaumière. Elle se penche alors vers le petit garçon au regard perdu, en prenant appui sur sa canne.

– Tu dois être Victor ? Demande-t-elle souriante et le plus chaleureusement que possible.

– Oui… Vous êtes la dame dont mon papa m’a parlé ? Vous allez prendre soin de moi ?

– Tout à fait. Tu veux que je t’aide à préparer tes affaires ?

– Non, ça ira. Mais pourquoi vous avez accepté ? Je vous connais même pas ! Interroge-t-il.

– Je sais, je ne te connais pas non plus, mais on va faire connaissance, d’accord? Et puis, je n’ai pas d’enfant, mais je serai fière d’élever un Spiritiste.

Le stylo

Rédigé par Ambre Nébuleuse 6 commentaires
Classé dans : Histoires courtes Mots clés : histoire courte, exercice, style brut

L'hiver tirait à sa fin en cette belle matinée de Mars. Certains oiseaux migrateurs commençaient à repointer le bout de leur bec, profitant des dernières provisions de graines, laissées par les amoureux des animaux pour aider leurs congénères sédentaires à supporter le froid. De temps en temps une chatte poussait une longue lamentation, signant le début de la période des amours félines. Les premiers bourgeons, encore timides, commençaient à percer l'écorce des branches des arbres, lançant les festivités du renouveau, du retour, tant attendu par tous et toutes, du printemps. Mais malgré cela, il râlait.

Cela faisait la cinquième fois que son ordinateur redémarrait sans prévenir, installant pendant longtemps une simple mise à jour d'un logiciel quelconque. Il détestait vraiment quand Windows lui faisait ce coup-là, surtout que cette fois-ci il était lancé dans son récit. Il avait enfin réussi à trouver une idée pour avancer dans son roman, son « chef-d’œuvre » comme ses amis aimaient l'appeler, pour le taquiner. Sans doute espéraient-ils que cela l'aidait pour avancer dans son histoire. En fait, bien que sachant que ce n'était pas dit méchamment, ça le bloquait plus qu'autre chose et ça le frustrait.

Bon, cela faisait maintenant vingt minutes que cette foutue machine essayait, lentement, très lentement, d'installer un quelconque fichier dans un obscur recoin du disque dur. Et il en avait franchement marre.

Il se leva, poussa un long soupir d'exaspération, et s'éloigna de son bureau. Il se rendit dans sa cuisine, remplit sa cafetière d'eau et de café, puis appuya sur le bouton de démarrage. Comme pour se moquer de lui ou se payer sa tête, au choix, au moment même où il enclencha le bouton ON de sa machine à café, le courant sauta. Il maudit alors son foutu revenu de jeune écrivain qui ne lui permettait pas de pouvoir s'acheter un onduleur. Car évidemment, une coupure de courant signifiait que Windows devrait vraisemblablement démarrer en mode sans échec puis reprendre la dernière mise à jour. Un onduleur lui aurait au moins sauvé quelques précieuses minutes.

Il se rendit alors à son compteur électrique mais il n'avait pas disjoncté. Il se dirigea alors vers la fenêtre et regarda dans la rue, des fois qu'un de ses voisins lui donnerait une explication. La rue, habituellement grouillante de monde, était désespérément vide à cette heure de la journée. Un dimanche aussi, à quoi s'attendait-il ? Il se dirigea donc vers la porte d'entrée de son appartement, l'ouvrit, et appuya sur l'interrupteur de la lumière du couloir. Pas de lumière. Il s'agissait donc d'une panne générale.

Il referma sa porte et, sachant qu'il était déjà en retard pour rendre son premier chapitre à son éditeur, il estima qu'il n'avait déjà que trop perdu de temps. Il attrapa alors son bloc-notes et commença à vouloir écrire la suite. Oui mais voilà, cela faisait maintenant trois ans qu'il n'avait plus de crayons ni de stylos, il était devenu totalement accroc aux nouvelles technologies et ne passait plus que par elles. Il n'avait gardé ce bloc-notes que par accès de nostalgie. Il était maintenant mélancolique en se disant qu'il aurait peut-être pu avancer bien plus vite si il avait écrit son texte à la main, comme tous les écrivains le faisaient avant l'apogée de la machine à écrire. Il fouilla donc dans ses affaires, à la recherche de son précieux Graal, celui qui lui permettrait de coucher ses idées sur le papier. De tous les gadgets inutiles qu'il recevait dans les différentes conventions et les divers salons du livre qu'il avait visité, aucun n'était utile pour écrire à la main. Pas même un fichu crayon à papier.

Il chercha à allumer de nouveau la lumière du couloir, mais il y faisait toujours aussi sombre. Décidément, certains n'aiment pas le lundi, ce jour-là il se mit à détester le dimanche. Il se décida à s'habiller pour aller acheter un malheureux stylo billes et sortit. Il se ravisa après avoir marché sur quelques mètres en voyant l'heure déjà bien avancée de la journée. Avait-il vraiment passé plus de trois heures à chercher un stylo ? Non, il avait tout simplement passé plus de trois heures à se remémorer tous ses souvenirs de conventions et toutes ses soirées d’ivresse et de rigolade avec ses collègues auteurs, se racontant leurs propres expériences et déboires. Foutu pour foutu, il rentra chez lui, attrapa une boîte de cookies au chocolat, et piocha un livre au hasard dans l'un de ses cartons. Il faudrait vraiment qu'il songe à ranger un de ces jours, pensa-t-il. Il se mit donc à la lecture, espérant trouver quelques idées et un peu d'inspiration pour avancer plus tard dans son récit, prouvant ainsi à son éditeur qu'il n'était pas un incapable, et que, si, il était capable de coucher plus de deux phrases sur le papier.

Cela faisait à peu près une heure qu'il lisait « Dracula » de Bram Stocker quand il entendit un bruit étrangement familier : son ordinateur se mit à bipper. Ce bip caractéristique de l'ordinateur qui s'allume. Il posa précipitamment son livre et se remit alors derrière son écran, attendant le très connu logo du système d'exploitation à la fenêtre multicolore et se mit à crier de joie. L'ordinateur avait eu le temps d'installer la mise à jour et il finissait maintenant le paramétrage. Une étape un peu moins longue mais prometteuse pour son travail : il allait enfin pouvoir se remettre à écrire ! Une odeur agréable de café vint chatouiller son nez, il profita donc que son ordinateur était occupé à finir sa tâche pour se lever et se remplir un mug de bon café chaud et fumant.

Il put enfin se mettre à la tache, à plus de seize heures de l’après-midi, couchant sur le papier virtuel son idée géniale, faisant subir milles et uns tourments à son personnage principal. Il était enfin lancé et le feu sacré de l’écriture lui mis la cervelle en ébullition. Il écrivait une phrase, la corrigeait, l’effaçait, la reformulait, relisait l’un et l’autre paragraphe, écrivait un nouveau pavé de texte d’une traite sans s’arrêter, ne profitant de son café, froid, que pour relire et songer à une nouvelle phrase à taper. Il était bel et bien lancé et rien ne semblait pouvoir l’arrêter, sauvant furieusement son document à chaque phrase ou bout de phrase écrite, de peur qu’une nouvelle panne ne survienne !

Il était plus de quatre heures du matin quand il fut satisfait de son nouveau chapitre et l'envoya à son éditeur. Il était d'autant plus content de lui qu'il voyait maintenant comment continuer son histoire. Il savait où iraient ses personnages et quel serait le déroulé des événements à décrire. Il regrettait juste de n’avoir pas eu davantage de temps pour enchaîner sur le chapitre suivant. Sa journée avait été éprouvante, tant sur le plan physique que psychologique, mais là, il jubilait. En voyant l'heure, il se rendit dans sa chambre, tout heureux d'avoir pu faire la nique à sa journée de poisse et surtout à ses deux semaines de pages blanches. Il se coucha directement dans son lit, sans prendre la peine de prendre une douche ni même de se changer. Il était trop fatigué pour s'en soucier de toute façon. Il se tourna vers sa lampe de chevet, prêt à éteindre puis, au dernier moment, il attrapa l'objet qui reposait toujours sur son oreille droite, une sorte de grigri pour lui, et posa sur sa table, un stylo en parfait état de marche.

Bienvenue

Rédigé par Ambre Nébuleuse Aucun commentaire
Classé dans : Babillage Mots clés : blog, présentation

Bonjour et bienvenue sur ce blog.

Comme vous l'aurez compris, je m'appelle Ambre Nébuleuse et je suis autrice amatrice. J'écris sur mon temps libre, lorsque j'en prends le temps et j'espère que j'arriverai à vous intéresser et à partager avec vous mon petit Univers intérieur.

J'aime beaucoup tout ce qui a trait à la fiction imaginaire, celle qui permet de s'évader de notre train-train quotidien. Je veux bien sûr parler du fantastic, du medieval-fantasy, de la science fiction, du steampunk, ou encore du space opera. J'aime bien aussi m'imaginer des situations qui pourraient arriver à n'importe qui, à n'importe quel moment de la vie, même s'il m'arrive malheureusement parfois, voire souvent, d'y mêler de la fiction imaginaire.

Qu'est-ce que je vais bien pouvoir partager avec vous ? Dans un premier temps, des histoires courtes, sans doute, que j'écrirai vraisemblablement d'une traite, ou presque. Ensuite, et bien, mes états d'âme, mes doutes, mes coups de cœur, mes coups de gueule ? Mais également, lorsque j'aurai suffisamment de matière, des extraits du récit que j'ai commencé. Et pourquoi pas aussi vous demander votre avis sur certains passages sur lesquels je bloque ? Cela pourrait être intéressant.

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